8

Sous la chaleur écrasante, la terre craquelée semblait exhaler un souffle de feu. Huy s’éventait, assis à l’ombre d’un large auvent de toile tendu entre le pavillon et deux jeunes tamaris dépouillés de leurs branches. Mais le scribe avait beau boire de l’eau jusqu’à plus soif, il ne pouvait qu’attendre le soir et le retour du vent apaisant. Pour la première fois, il se sentait vieux. Les années derrière lui étaient plus nombreuses que celles qui l’attendaient. Cependant, loin d’être déprimé, il trouvait l’idée stimulante, car cela donnait une valeur accrue au temps qui lui restait.

Psaro, apparemment infatigable, sortit de la maison muni d’une cruche d’eau – qu’il entreposait dans de profondes jarres en terre cuite pour en conserver la fraîcheur – et la plaça sur la table de son maître. Il retourna ensuite dans la pénombre de la cuisine afin de s’y étendre pour la sieste.

Huy n’était pas seul. En face de lui était assis Chérouiri. En tirer des informations avait été plus ardu que le scribe ne l’aurait supposé. Toujours affable, déférent et poli, Chérouiri avait le don de répondre à une question sans révéler d’élément nouveau. Huy avait mis une bonne heure à apprendre qu’Héby était tenu en haute estime dans la cité de la Mer et que Chérouiri le considérait comme un ami. Quant au degré de cette amitié, toutefois, il avait été impossible à déterminer. L’intendant se refusait à tout commentaire sur l’éventualité de la mort du jeune homme, peu désireux de trancher d’un côté ou de l’autre. Mais le plus intéressant, aux yeux de Huy, était justement qu’il se montrât si évasif. On aurait pu opposer que l’art de l’esquive était chez lui une seconde nature, cependant Chérouiri savait se montrer tout à fait direct quand il le voulait bien.

Visiblement, il avait un poids sur le cœur. À plusieurs reprises, cet après-midi-là, il parut sur le point de s’en ouvrir à Huy, pour se raviser à chaque fois. Son corps grassouillet luisait, malgré le long pagne et le châle de lin fin qui le protégeaient de la chaleur, et il ne cessait de remuer ses pieds dans ses sandales de papyrus tressées comme si elles l’irritaient.

« Je voudrais te parler de Douaf, dit Huy, espérant obtenir de meilleurs résultats sur un terrain plus neutre. Je me prépare à le rencontrer. Après mon entretien avec la veuve d’Ipour, je suis mieux armé pour l’interroger.

— Que t’a dit Ioutenheb ?

— Très peu de chose, en vérité. Mais suffisamment pour que j’entrevoie des raisons de le tuer tout autres qu’une attaque aveugle des Khabiri. »

Malgré l’air intéressé de Chérouiri, Huy n’entra pas dans les détails. À son tour de se montrer avare de confidences ! Chérouiri n’enfreindrait jamais l’étiquette en l’interrogeant franchement. Huy observa attentivement les réactions de l’intendant, qui accueillit cette réflexion sans le moindre tressaillement. S’il connaissait le penchant d’Ipour, il le cacha bien. Mais le grand prêtre n’aurait probablement pu conserver ses fonctions si le fait avait été de notoriété publique.

« C’est plutôt avec Méten que tu devrais discuter. Il serait mieux qualifié que moi pour t’en parler.

— Ton avis m’est précieux. La cité de la Mer est une petite ville : tu as forcément une opinion sur ses citoyens de premier plan.

— Pose plutôt la question à Méten, répéta Chérouiri. Lui, il travaille pour Douaf et le côtoie journellement.

— Il pourrait faire preuve de partialité.

— Et moi, non ?

— Si, mais je suis prêt à courir le risque. J’ai déjà rendu visite à Sénofer, qui m’a paru peu sympathique. Je soupçonne que Méten écoutait notre conversation avec la complicité de son frère. Chasses-tu, Chérouiri ?

— Non.

— Il ne faut jamais lever le gibier avant d’être prêt à fondre.

— De quoi soupçonnes-tu les deux frères ? interrogea l’intendant. Tout de même pas d’avoir assassiné leur père ?

— Je ne les soupçonne de rien. Néanmoins, vu les sentiments peu cordiaux que je leur inspire, j’en conclus qu’ils ont quelque chose à cacher. Ils craignent que je ne le découvre plus ou moins accidentellement.

— Quels sont leurs plans, selon toi ?

— Si je le savais ! En tout cas, je suis surpris du manque d’empressement de Sénofer pour m’aider à retrouver les assassins de son père.

— Mais s’il impute ce meurtre aux Khabiri, comment s’en étonner ?

— L’argument est valable, admit Huy. Je suis peut-être trop soupçonneux. Je crois discerner des hommes là où il n’y a que des ombres. »

Chérouiri s’adossa contre son fauteuil, peu convaincu par sa propre objection et par le crédit que le scribe feignait d’y ajouter.

« Je t’avertis, Douaf te donnera du fil à retordre ! Il t’exposera sa version des faits, autrement dit celle qui l’arrange le mieux.

— Était-il très lié avec Ipour ?

— Ni l’un ni l’autre n’avaient d’amis. Disons qu’ils se supportaient parce qu’ils se rendaient mutuellement service. À eux deux, ils dirigeaient la ville.

— Et Kamosé ?

— Kamosé, mon maître, est le gouverneur de cette cité, lui rappela l’intendant en baissant les yeux. En tant que représentant du roi, il est au-dessus de ces contingences bassement matérielles. »

Huy sourit. Il aurait aimé voir la réaction du pharaon devant cette conception méprisante des affaires, qui n’était jamais qu’une autre manière d’éluder. Mais il avait appris à interpréter ces réponses évasives et à décoder les messages de Chérouiri.

« Douaf aurait-il pu trahir Ipour ?

— Seulement s’il y avait trouvé un intérêt indubitable.

— J’aimerais en savoir plus sur sa famille. Son épouse l’a-t-elle quitté ?

— Nul ne le sait, répondit Chérouiri. Elle était très belle, très douce. Beaucoup plus jeune que lui. Où serait-elle allée ?

— Dans sa famille ?

— Non. Elle venait du Sud.

— N’aurait-elle pu prendre un bateau ?

— Cela se serait su, au port. Les Mézai ont étendu leurs recherches à toute la région. Douaf a remué ciel et terre pour la retrouver. Il vient de dépenser une somme colossale afin de faire sculpter une réplique de Méritrê, où son ka résidera dans le tombeau.

— Encore une statue…

— Oui. En plus de celle de ton fils.

— À supposer qu’il soit vraiment mort. »

Chérouiri s’abîma dans le silence. Huy servit de l’eau et but, bien qu’il sentît son ventre péniblement gonflé. Il observait Chérouiri, qui gardait les yeux rivés sur le gobelet posé devant lui, quand une libellule surgit de nulle part. Elle resta suspendue avec une précision silencieuse à une coudée au-dessus de la table. Son visage, si l’on pouvait qualifier cela ainsi chez un insecte, parut à Huy presque mélancolique. Était-elle habitée par un petit dieu ? Elle ressemblait à un vivant joyau sous la lumière du soleil. Elle disparut aussi soudainement qu’elle était apparue, trop vite pour que l’œil saisît son mouvement. Sa présence avait-elle eu un sens ? Peut-être avait-elle simplement apporté de la beauté à ce moment de silence.

« J’ai une faveur à te demander », lâcha enfin Chérouiri, à voix basse.

Huy sentit une intense agitation monter dans sa poitrine. Il s’était douté que son compagnon ne quitterait pas la table sans se décharger de son fardeau. Mais ce poids si lourd pouvait être, en réalité, un détail tout à fait dérisoire.

« Laquelle ? » demanda le scribe d’un ton encourageant.

Maintenant qu’il s’était lancé, Chérouiri ne pouvait reculer. Pourtant il hésitait, comme à l’instant de sauter de très haut dans la mer, quand le poids du corps passe irrévocablement de la sécurité de la terre ferme à l’immatérialité de l’air qui, cependant, permet le mouvement et le changement.

« Emmène-moi avec toi quand tu t’en iras. »

Huy dut tendre l’oreille tant sa voix lui semblait basse. Encore un autre signe précurseur de la vieillesse ?

« Pourquoi ne pars-tu pas tout seul ? »

En croisant le regard de Chérouiri, ouvert et suppliant comme celui d’un enfant, il s’en voulut de sa question brutale. Néanmoins, ce fut en homme logique et raisonnable que l’intendant avança ses arguments :

« Sans motif, Kamosé ne me le permettrait pas, même s’il est vrai que rien ne m’attache à lui. Ton intervention me faciliterait la tâche. Je voudrais aller à la capitale du Sud et tu pourrais m’aider à m’y tailler une place. »

Huy répondit après un court instant de réflexion :

« Je ne vois aucune raison pour que tu ne m’accompagnes pas. Mais pourquoi tiens-tu tellement à quitter cette ville ?

— Je ne peux pas me morfondre toute ma vie à la cité de la Mer ! Je sais que de grands changements se préparent sur la Terre Noire et je veux en faire partie. Ici, je les vivrais en spectateur.

— Mais cette ville est la Terre Noire, au même titre que toutes les autres. Qu’est-ce qui te fait croire que tu réussiras mieux dans la capitale ?

— Je dois partir d’ici, insista Chérouiri. Ne sens-tu pas que cette cité n’est qu’une prison ? Bientôt, Horemheb reviendra. Il regagnera la capitale en vainqueur. Je veux être de ceux qui marcheront avec lui vers le sud.

— Nous avons encore un pharaon. Il se nomme Ay, rappela Huy avec douceur à son cadet.

— Je ne voulais pas insinuer ce que tu crois. Ne peux-tu me trouver un emploi aux Archives Culturelles ? Aucune besogne ne me rebuterait. Copie, classement, préparation des rouleaux… Je voudrais recommencer sur de nouvelles bases. Ici, j’ai pris un faux départ.

— Nous en reparlerons », dit Huy, se levant lourdement.

La pression sur sa vessie était devenue insoutenable et il ne voulait pas faire de demi-promesse hâtive à cet homme, qui était passé de l’autorité à la supplication, qui pouvait à tout moment se mettre à pleurer, dont l’agitation comme le silence étaient sincères, mais auquel il n’accordait pas encore une confiance sans borne.

Le voyant se lever, Chérouiri fut contraint de l’imiter.

« Tu oublies que je n’ai pas mené à bien ma mission, poursuivit Huy. Il est vrai que j’ai à présent peu de temps pour l’achever, car la patience du roi n’est pas illimitée. »

Il se garda bien d’ajouter qu’il comprenait, et que l’atmosphère de cette ville lui était devenue, à lui aussi, insupportable.

Chérouiri marmonna confusément des remerciements et un au revoir, puis quitta presque en courant l’abri de toile. Il traversa le jardin à vive allure pour regagner l’ombre de la résidence, en évitant les rayons de soleil comme il eût fait d’une averse.

C’était encore l’heure de la sieste, et pas un son ne troublait le silence de la demeure. Il se rendit dans la salle de bains commune, aspirant à se laver à grande eau. Il puisa l’eau fraîche du réservoir à l’aide d’un récipient de cuivre, s’en inonda et se savonna vigoureusement avec un pain d’argile et de cendres. Revigoré, il se nettoya les dents au natron avant de se frictionner avec une grande serviette en lin brut. S’en étant enveloppé, il parcourut les couloirs déserts pour regagner sa propre chambre. Là, Chérouiri se coucha et dormit d’un sommeil sans rêve pendant deux heures. Ce fut un souffle d’air vespéral qui l’éveilla. Il resta allongé un moment, puis se leva et s’aspergea de talc avant de se vêtir. Il quitta sa chambre sans bruit, car les occupants de la maison commençaient à s’agiter et il ne devait croiser personne sur son chemin. Il avait à s’acquitter d’une mission.

 

Il sortit sans avoir rencontré âme qui vive, hormis une vieille mendiante en haillons, qui restait assise sur les marches de la résidence de l’aube au crépuscule, ne lâchant sa sébile en bois craquelé que pour gratter sa vermine. Chérouiri jeta un coup d’œil vers le ciel et estima, d’après la position du soleil à l’occident, qu’il arriverait exactement à l’heure convenue au rendez-vous.

Il longeait les murs, évitant le regard de ceux qu’il connaissait. Quoique vif, son pas ne trahissait ni précipitation ni impatience. Rien dans son comportement ne devait prêter à des commentaires intrigués. En marchant, il se demandait comment Huy aurait réagi s’il avait connu le but et l’importance de sa mission. Il sourit à cette idée, pourtant il était loin d’être détendu. Aurait-il dû le mettre dans le secret ? Il sentait en Huy un homme intègre et digne de confiance, mais, pour autant qu’il sût, c’était également l’émissaire du pharaon, et l’intendant était trop avisé pour céder à une impulsion. Il n’avait jamais été question de tout apprendre au scribe. Le moment de vérité viendrait en temps voulu.

Il aimait cette heure du jour où l’ombre et la fraîcheur rendaient un homme alerte. Or, il avait grand besoin d’être vigilant, car il ne s’illusionnait pas sur les dangers qu’il courait. Connaître le père d’Héby avait été une expérience intéressante. Bien qu’en apparence les deux hommes eussent peu en partage, ils étaient dotés de la même volonté à toute épreuve. Héby était plus carré et Huy plus subtil, tout en montrant une ténacité peu commune. Chérouiri espérait qu’il ne découvrirait rien avant qu’ils soient prêts.

Il parvint dans les faubourgs sud au moment où le soleil frôlait le bord de l’horizon. Le lieu de rendez-vous avait été choisi judicieusement : une petite place de marché, où se pressaient des gens trop occupés à vendre et à acheter pour se soucier des autres. Chérouiri avait eu soin de s’habiller avec simplicité. Il scruta la foule des yeux. Celle qu’il devait rencontrer serait elle aussi vêtue discrètement.

Elle se tenait près d’un puits, au sud-est de la petite place. Il l’aurait reconnue entre toutes à l’attitude de son corps, à cette hésitation dont ses gestes étaient empreints et qu’il trouvait si attachante. En passant à côté d’elle, Chérouiri lui effleura le coude et s’arrêta quelques pas plus loin, feignant d’examiner des coupons d’étoffes aux couleurs éclatantes sur l’étal d’un marchand syrien. Il lança un coup d’œil derrière lui et vit la jeune fille s’éloigner vers une des rues partant en direction du port. Il la suivit à distance prudente.

Loin de la foule, elle avançait d’un pas plus rapide et assuré. Chérouiri, peu familiarisé avec ce quartier de la ville, devait se hâter pour ne pas la perdre de vue. Après s’être dirigée vers le nord, elle bifurqua dans une allée étroite à sa droite. Le temps qu’il y parvienne, elle avait disparu, mais il remarqua un passage sombre à quelques pas de lui et y entra sans hésiter.

Comme il s’y attendait, il se retrouva dans une courette. Un escalier en brique crue menait à une étroite coursive, contre des murs couverts de vigne vierge. Chérouiri gravit les marches et parvint devant une porte entrouverte, qu’il franchit et referma derrière lui. La fille de Douaf l’attendait dans la pièce nue, dont l’unique fenêtre versait une maigre lumière.

« Salut à toi, Nofretka, dit-il en inclinant la tête.

— Salut à toi, Chérouiri. Quelles nouvelles m’apportes-tu ?

— Il est sain et sauf, répondit-il, constatant non sans attendrissement le soulagement de la jeune fille.

— Où est-il ?

— Quelque part en ville. Il viendra te voir bientôt.

— Mais quand ?

— Au moment opportun. Il te demande encore un peu de patience.

— Quels sont ses plans ?

— Ses confidences ne se sont pas étendues jusque-là.

— Mais tu es le seul en qui il ait confiance ! protesta-t-elle avec surprise. Tu es le seul à savoir où il est !

— Non. Cela, je ne le sais pas. C’est toujours lui qui me rejoint, à l’improviste, comme une ombre. Personne ne le trouvera.

— Quel est son message ? demanda Nofretka en soupirant.

— Il te fait savoir qu’il t’aime… »

Chérouiri s’interrompit, ne sachant comment lui annoncer la nouvelle avec ménagement.

« Et aussi… qu’il t’a vengée de celui qui t’a tant fait souffrir. Ipour a péri sur son ordre. »

Elle le fixa, incrédule. Chérouiri baissa les yeux. Sur l’insistance d’Héby, il avait lui-même recruté des marins d’Alasia pour exécuter la besogne. En sa présence, le jeune homme leur avait donné des instructions minutieuses sur le sort qu’il destinait à Ipour. C’était moins la volonté de tuer que la brutalité calculée qui avait frappé l’intendant ; Héby soutenait que le châtiment devait être à la mesure du crime. Le grand prêtre méritait le pal, mais une telle sentence ne serait jamais prononcée contre un homme dont les fonctions le plaçaient au-dessus des lois. Bientôt poindrait l’aube d’une ère nouvelle, une ère de granit où les scélérats n’échapperaient pas à la justice humaine si aisément. Mais Héby se refusait à attendre pour détruire l’homme qui avait abusé de sa bien-aimée quand elle n’était qu’une fillette. Chérouiri avait écouté et obéi. Il avait payé les hommes après exécution et avait veillé à ce qu’ils repartent, à bord de leur bateau. Il vouait trop d’admiration à Héby pour s’opposer à lui ouvertement, néanmoins il était troublé. Il continuait d’apporter une aide inconditionnelle au jeune homme, qui semblait doté d’assez de fougue pour ouvrir les fenêtres de cette ville étouffante à un vent purificateur. Qui sait si un jour il n’en deviendrait pas le gouverneur ? Il récompenserait Chérouiri, qui pourrait alors, enfin ! s’en aller pour le Sud.

Mais à mesure qu’il mettait ses projets en œuvre, Héby avait changé. Ou peut-être ne s’agissait-il pas d’un changement, mais de la révélation de ce qui était là depuis le début. Fervent admirateur d’Horemheb, Héby paraissait maintenant l’idolâtrer. Chérouiri avait beau se répéter qu’il n’y avait pas de raison de s’inquiéter, ce qu’il voyait ne lui plaisait pas. Alors, doutant de pouvoir réaliser ses rêves, il avait commencé à échafauder ses propres plans.

Sa seule certitude était l’amour indéfectible qu’Héby portait à Nofretka. Mais de ce côté-là aussi, les nuages s’amoncelaient à l’horizon. Sans nul doute, l’un des fils d’Ipour courtiserait la fille de Douaf, et le marchand ne manquerait pas de sourire à un mariage réunissant deux des plus grosses fortunes de la cité. Héby avait-il envisagé cette possibilité ? Les frères avaient été ses compagnons, dans les premiers temps. Ensemble, ils avaient passé des nuits blanches à préparer la réforme dans le plus grand secret, formant un groupe de surveillance baptisé « Les Veilleurs ». Tout cela, Chérouiri le tenait personnellement d’Héby.

Mais les frères ignoraient que ce dernier se trouvait en ville. De leur point de vue, il était mort ou déserteur. Chérouiri savait que Sénofer et Méten voulaient prendre le pouvoir non dans un souci de changement, mais pour la richesse qui en découlerait. Héby, lui aussi, l’avait enfin compris.

Les temps à venir s’annonçaient bien troublés…

La voix de Nofretka le tira de ses sombres conjectures :

« J’aurais préféré ne pas être vengée d’une telle façon. »

Chérouiri vit à son expression qu’elle aussi s’était perdue dans de tristes réflexions.

« Tu ne dois parler de cela à personne.

— Je ne trahirai pas la confiance d’Héby, répliqua-t-elle, le toisant d’un air dédaigneux qui, l’instant d’après, devint implorant. Dis-moi, je t’en prie, que fait-il ? Quand le reverrai-je ? »

Il aurait bien voulu être en mesure de lui répondre. Malheureusement, Héby se montrait de plus en plus secret. Et, même si Chérouiri répugnait à l’admettre, il commençait à croire qu’on se servait de lui ; il n’était plus un complice et un confident, mais un instrument. Il se garda cependant d’y faire allusion. Semer le doute en Nofretka eût été stérile autant que cruel.

« Héby a défini un plan d’action et nous devons nous fier à lui.

— Il est trop ambitieux », murmura Nofretka.

Et ce fut Chérouiri qui dut fermer son cœur au doute qu’il lisait dans ses yeux.

 

« Je n’ai guère de chose à te dire au sujet d’Ipour, déclara Douaf. Nous traitions certaines affaires ensemble ; le plus souvent, nous étions en concurrence. Mais, comprends-moi bien, nous n’avons jamais usé de procédés hostiles ou sournois. Et nous avions toujours pour souci l’intérêt de la cité.

— Cela va de soi », répondit Huy, remarquant que son interlocuteur semblait incapable de le regarder en face.

Douaf avait des gestes saccadés et nerveux, comme beaucoup d’hommes longs et dégingandés que le scribe avait rencontrés. Sa peau était pâle et sèche. De petites desquamations se détachaient de ses joues, laissant apparaître des pustules d’un rouge enflammé.

« Toutefois, objecta le scribe, tu avais sûrement formé une opinion personnelle à son égard.

— Je ne débattrai pas de ses défauts ou de ses qualités avec toi, riposta Douaf, sur la défensive. Ipour était un bon fonctionnaire et un homme d’affaires honnête. Je n’en dirai pas plus. J’ai cm comprendre que tu t’étais entretenu avec la veuve ?

— En effet.

— En ce cas, je n’ai rien d’utile à ajouter. »

Tiens donc ! pensa Huy. Une telle réticence était beaucoup plus révélatrice que Douaf ne le pensait. À coup sûr, il n’ignorait rien des penchants sexuels de son défunt collègue. Avait-il fermé les yeux parce qu’il y trouvait son intérêt ? Soupçonnait-il Ioutenheb d’avoir révélé la perversion de son époux à un inconnu ? Voilà qui était peu probable. Néanmoins, Douaf ne manquait pas de finesse. À quel point s’entendait-il à lire dans le cœur des hommes ?

Mais Huy n’était pas venu l’interroger sans s’être préparé avec soin.

« Tu as une fille, lança-t-il, constatant aussitôt que ce changement de tactique avait éveillé la méfiance du marchand. Quel âge a-t-elle ?

— Quel rapport y a-t-il entre ma fille et la mort d’Ipour ? protesta Douaf en affrontant enfin le regard du scribe.

— Cela, c’est mon affaire. Ne va pas imaginer que je suis entièrement ignorant de la véritable nature du défunt. Le gouverneur m’a chargé d’enquêter sur ce meurtre, dois-je te le rappeler ? Sache que d’autres ont choisi d’être plus francs que toi. »

Douaf faillit s’emporter, mais la raison eut le dessus et il dit à voix basse :

« Ma fille Nofretka a vu seize crues. Elle a le même âge que sa mère lorsqu’elle l’a portée.

— Et Ipour ? Était-il un ami de la famille lorsqu’elle était enfant ?

— Oui, répondit Douaf sans hausser le ton.

— Avais-tu suffisamment confiance en lui pour la laisser seule en sa compagnie ? »

Cette fois, Douaf était furieux et sous sa colère perçait la peur. Huy craignit d’être allé trop loin, mais c’était le seul moyen s’il voulait faire jaillir la vérité. Il s’était rendu aux archives de la ville pour consulter les dossiers des procès criminels de la dernière décennie. Il y avait eu cinq cas de viols d’enfants. Un garçon et quatre filles. Deux des fillettes étaient décédées. Les termes officiels décrivaient froidement les blessures mortelles qu’elles avaient subies et les investigations qui avaient suivi. Les meurtres étaient survenus à trois années d’intervalle. Chaque fois, la victime était âgée de six ans. Dans le premier cas, on n’avait pas identifié l’agresseur ; dans le second, un batelier itinérant du Sud avait été arrêté par les Mézai, mais il s’était tranché la gorge dans sa cellule. On n’avait pu expliquer comment il s’y était pris pour dissimuler le couteau en silex. Le fonctionnaire chargé de l’enquête n’était autre que le prêtre-administrateur Ipour. Huy avait cherché en vain les familles des cinq petites victimes : toutes avaient quitté la région. Il avait alors envisagé d’interroger à nouveau Ioutenheb. Qu’avait-elle su, au juste, sur toutes ces affaires ? Dans une si petite ville, tout le monde n’avait dû parler que de ces crimes. Plus le scribe en apprenait, et plus sa sympathie pour Ioutenheb diminuait. Mais quand il retourna chez elle, il trouva porte close. Comme elle l’avait annoncé, elle avait plié bagages. Regrettait-elle ses confidences ?

« Et pourquoi ne les aurais-je pas laissés seuls ? rétorqua enfin Douaf avec hauteur.

— Certaines allégations ont été portées contre lui, dit Huy d’un ton sévère.

— Ah oui ! s’indigna Douaf avec une véhémence inattendue. Maintenant qu’il n’est plus là pour se défendre ! »

Il reprit son souffle et continua plus calmement :

« Je devine fort bien qui t’a raconté ces vilenies. Ioutenheb est une femme aigrie, Huy. Leur union fut malheureuse ; néanmoins, je suis surpris qu’elle ait choisi une forme de vengeance si indigne.

— En tout cas, elle est partie, à présent.

— Oui, et personne ne la regrettera. Ipour était obligé de garder cette folle pratiquement sous clef. Il était trop bon envers elle. »

Huy n’en dit pas plus et s’en fut peu après. Pensivement, il se frayait un chemin à travers les rues populeuses. Il pouvait à peine contenir le dégoût que lui inspirait Douaf et il ne savait plus que penser d’Ioutenheb. Il était presque soulagé qu’elle fût partie. Il lui souhaitait toutefois de trouver la paix intérieure.

Au port se tenait le marché au poisson, dont les odeurs lui donnèrent la nausée. Huy regrettait de plus en plus l’air frais et la chaleur sèche de la capitale du Sud.

Ici se tramait une conspiration, il en était sûr. Ay avait conçu des soupçons à juste titre. Mais existait-il un lien avec Horemheb, ou ne s’agissait-il que d’un groupe d’individus sans scrupule, mus par le goût du lucre ? Dans un cas comme dans l’autre, cela sentait aussi mauvais que le poisson. De toute évidence, Douaf connaissait de longue date la prédilection du grand prêtre pour les fillettes. Qui d’autre était au courant ? Kamosé ? En ce cas, pourquoi le gouverneur aurait-il lancé Huy sur cette enquête ? Avait-il la naïveté de croire que le défunt avait emporté son secret dans l’au-delà ? Le meurtre d’Ipour était certainement une vengeance. Le temps écoulé depuis le dernier viol s’expliquait aisément : il avait fallu organiser et financer le châtiment. Restaient cependant quelques pierres d’achoppement : on ne pouvait imputer tous les cas de viols d’enfants à Ipour. À en croire Ioutenheb, il ne s’en serait jamais pris au petit garçon. En outre, Ipour avait eu l’affaire en charge et, bien qu’aucune arrestation n’eût eu lieu, le dossier montrait que l’enquête avait été menée avec beaucoup de rigueur. En revanche, la ville voyait passer une population fluctuante de marins à qui l’on pouvait commodément faire endosser la responsabilité d’un crime embarrassant. Était-ce cela qui s’était passé après le meurtre de la seconde fillette ?

Huy soupçonnait qu’Ipour avait été couvert de façon tacite par tous les notables de la ville, soucieux de protéger des intérêts financiers où le grand prêtre jouait un rôle majeur. Cette protection n’avait pas suffi à le sauver. Dans sa fin brutale, fallait-il lire un avertissement à l’adresse de ses complices ? Les dossiers d’archives ne précisaient pas le nouveau domicile des familles des enfants, mais même si Kamosé avait consenti à l’éclairer sur ce point, il n’aurait pu pousser son enquête aussi loin.

Huy parvint au sommet de la colline basse où la résidence était située. Il était en sueur et hors d’haleine ; du moins, il se trouvait à bonne distance de l’odeur nauséabonde du marché. Il tenta de remettre de l’ordre dans ses pensées. Avec un choc, il se rendit compte qu’il s’était laissé détourner de sa préoccupation première. Qu’était-il arrivé à son fils ? Il n’avait pas avancé d’un pouce ; or, sous peu, Ay le rappellerait, ne serait-ce que pour savoir ce qu’il avait découvert dans la cité de la Mer. Et Huy devait admettre, non sans remords, que depuis des jours Senséneb n’occupait plus la moindre place dans ses pensées. Il parcourut des yeux le jardin à la végétation clairsemée, avec la sensation de vivre un rêve. Perdait-il le contact avec son propre ka ? Sous son crâne résonnait toujours le même martèlement sourd, qui n’augurait rien de bon. En silence, il prononça son Nom, tout en s’efforçant de respirer avec régularité. Il s’essuya le front dans un pan de son châle. Ce qu’il lui fallait, c’était un bain et du repos dans une pièce fraîche. Mieux valait remettre à plus tard tout entretien avec Kamosé. Lentement, Huy s’approcha du pavillon. Il avait envoyé Psaro porter un message à Aahmès, pour lui faire part du progrès – ou, plus exactement, du peu de progrès de ses recherches. Il espérait que son serviteur serait revenu avant lui, car la solitude l’oppressait.

À son grand soulagement, il aperçut Psaro dans la véranda, guettant visiblement son retour. Quelque chose dans son attitude poussa le scribe à hâter le pas.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-il dès qu’ils furent à l’intérieur.

Il avait déjà jeté son châle sur une chaise et se débarrassait de ses sandales tout en s’apprêtant à enlever son pagne. Il aspirait plus que tout à un bain. L’eau froide apaiserait son cœur en même temps que son corps.

« Je suis allé voir dame Aahmès et je lui ai transmis ton message.

— Et alors ? » s’enquit Huy avec lassitude.

Il n’était pas vraiment pressé d’apprendre la réaction d’Aahmès devant la vanité de ses efforts. Cependant, Psaro ne parvenait plus à contrôler l’excitation de sa voix :

« Maître, elle a vu ton fils !

— Quoi ? souffla Huy, interloqué.

— Enfin, elle pense l’avoir vu.

— Quand ?

— Cette nuit, tout près de sa maison. Croyant entendre du bruit, elle était allée ouvrir la porte. À cette heure tardive, les serviteurs préparaient les lits. La pleine lune éclairait la rue presque comme en plein jour. Elle dit qu’elle l’a vu, debout.

— Elle ne l’a pas appelé ? Et pourquoi ne m’a-t-elle pas averti plus tôt ? interrogea Huy, ne songeant déjà plus qu’à se rendre chez Aahmès.

— Je ne pouvais me permettre de la questionner, mais seulement transmettre son message, lui rappela Psaro. D’après moi, elle était trop surprise pour réagir. Et puis il a disparu.

— Il y avait des nuages, la nuit dernière. L’anxiété aidant, elle a pu être victime d’une illusion et le confondre avec un passant.

— Une mère reconnaîtrait son enfant entre mille. »

Huy sentit son cœur s’accélérer. Une partie de lui-même avait abandonné tout espoir de retrouver Héby ; c’était sans doute pourquoi il n’avait pas déployé plus d’énergie à le chercher. Mais il n’avait pas eu la moindre piste… jusqu’à présent. Oui, cette fois, en vérité, il en tenait une.

« Vite, des vêtements propres ! » lança-t-il à Psaro.

Tant pis pour le bain. Il fallait à tout prix parler à son ex-épouse tant que l’événement était frais dans sa mémoire. Héby s’était-il montré délibérément à sa mère ? Savait-il que son père était là et le cherchait ? Lui envoyait-il un message ? Huy s’exhorta au calme : ce n’était pas le moment de se laisser aller à l’émotion. Selon toute vraisemblance, Aahmès s’était trompée. Et même dans le cas contraire, son fils avait à nouveau disparu. S’il ne voulait pas qu’on le trouve, il s’arrangerait pour ne pas laisser de trace. À moins… à moins que ce fût le fantôme d’Héby qu’Aahmès avait vu dans la rue.

Quelques minutes plus tard, les deux hommes descendirent rapidement la colline en direction de la ville. Par la fenêtre de son bureau, Kamosé les regarda partir. Près de lui, Atirma les observait également.

Le gouverneur essuya le voile de sueur qui couvrait sa lèvre supérieure.

« On dirait que notre petit scribe a finalement trouvé quelque chose dans ce tas de fumier.

— Il est temps de le faire suivre. Tenons-le à l’œil, recommanda son gendre.

— Soit, mais discrètement. Que la proie ne nous échappe pas.

— S’il y en a une.

— Oh ! mais je n’ai aucun doute à ce sujet.

— Je vais prévenir un de mes hommes, décida Atirma, prêt à se lever.

— Rien ne presse, le retint Kamosé. Nous savons où il va. »

 

« Il était là-bas, dans la rue, affirma Aahmès.

— Peux-tu me montrer l’endroit précis ? » demanda Huy.

Elle lui fit franchir le seuil et emprunter la route. La barque-matet arrivait au terme de son voyage quotidien et pour l’heure tout était désert. Seuls les deux serviteurs les observaient avec curiosité. Psaro traînait en arrière, ne sachant s’il devait accompagner son maître. En définitive, il opta pour la négative et attendit sur le pas de la porte. Huy parcourut derrière Aahmès une courte distance jusqu’à l’endroit où elle disait avoir vu leur fils. Il se tint à côté d’elle, désemparé. Les murs nus et le sol poussiéreux de la rue ne révélaient rien.

Il glissa un regard en biais à son ex-épouse, examinant son visage avec un détachement presque inquiétant. Comment avaient-ils pu tant compter l’un pour l’autre ? Elle avait une expression morne et compassée, mais ses yeux, graves et concentrés, inspectaient le sol et la pierre avec détermination pour y trouver la preuve qu’Héby était bien venu là. Le scribe tenta de l’imiter, mais que chercher ? Un fragment de pagne militaire ? Un petit objet, tombé par hasard, qu’Aahmès serait à même d’identifier ? Il n’y avait rien, pas même une empreinte de pas dans le sol de terre battue. Un peu plus loin, une petite allée formait un angle aigu avec la rue, entre deux hauts murs protégeant des jardins. Huy s’y engagea. Après un virage, il déboucha quelques mètres plus loin sur une autre artère, où il aperçut des passants. Si Héby était effectivement venu ici, il lui avait été facile de s’éclipser par ce chemin.

Lentement, ils retournèrent chez Aahmès.

« Qu’en pense ton époux ? voulut savoir le scribe.

— Il n’est pas là. Il est parti vendre de l’or dans la capitale du Nord. »

Sa voix avait le ton tranquille et résigné de ceux qui se sont accoutumés à la misère. On n’y sentait vibrer aucun espoir, seulement un certain soulagement que la ruine pût être évitée un peu plus longtemps. Ouvrant la marche, Aahmès traversa les pièces vides qui menaient à celles encore utilisées. Psaro s’écarta pour les laisser passer mais ne les suivit pas.

« Je suis convaincue que c’était Héby, dit-elle après qu’ils furent restés assis en silence un long moment.

— Pourquoi se serait-il montré si fugitivement ?

— Je ne sais pas. Il a sûrement ses raisons. Je voudrais tant que tu le voies, Huy ! C’est un beau jeune homme. Tu serais fier de lui. Il est bâti comme toi, tu sais. »

Huy fut plus ému par ces paroles pleines de tristesse qu’il ne l’aurait voulu. Il ne savait s’il devait croire à cette histoire, mais les dieux lui étaient témoins qu’il en mourait d’envie. En voyant Aahmès crispée, la tête baissée en face de lui, il aurait aimé passer un bras autour de ses épaules pour la consoler, comme avant. Mais quelque chose l’en empêchait.

« Quand Menouhotep revient-il ?

— Demain.

— Lui en parleras-tu ?

— Je n’en suis pas sûre. Il a déjà bien assez de problèmes comme cela. »

Au bout de quelques instants, Huy se leva et prit congé :

« Si Héby est ici, il est informé de ma présence. Et, dans ce cas, je suis certain que tôt ou tard il se manifestera à moi.

— Ce n’est pas un déserteur, Huy. Sinon, il ne serait pas revenu. »

Dans son cœur, le scribe essaya d’imaginer les plans de son fils, en admettant qu’il fût en vie. Les fantômes des soldats tombés au combat se montraient à leur mère, avant leur dernier voyage vers les Champs de l’Occident.

Huy sortit dans la rue baignée par les derniers rayons du couchant et tourna la tête en tous sens, étonné de ne pas voir Psaro. Il se dirigeait pensivement dans la direction d’où Héby était apparu quand, devant lui, le serviteur sortit de la petite allée.

« Regarde ! » dit Psaro.

Il plaça dans la main du scribe une boucle de cuivre, pareille à celles qui retenaient les pagnes militaires.

La cité de la mer
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